Avec Samuel Durand, explorateur du futur du travail
(article modifié le 25 juillet 2026)
Résumé de l’épisode
Samuel Durand a inventé son métier : explorateur du futur du travail.
En 2019, il part 6 mois autour du monde à la rencontre de plus de 300 pionniers pour comprendre comment on travaillera demain. Depuis, il réalise un documentaire par an : 6 à ce jour, dont le dernier, Management: Work it Out, tourné chez Michelin, Patagonia ou Atelier Tuffery.
Dans cet épisode de On n’a jamais fait comme ça, il défend une conviction dérangeante : on peut s’épanouir dans n’importe quel métier, y compris les plus pénibles. Ce qui fait la différence, ce n’est pas la tâche, c’est le management, l’environnement et la reconnaissance. Il raconte pourquoi son film sur le management cartonne alors qu’il pensait le sujet épuisé, pourquoi la fameuse « question des générations » est un faux problème, et quel indicateur terrifiant révèle le désengagement d’une équipe : le nombre de caméras coupées en réunion.
Face à des RH qui gèrent des budgets serrés et un désengagement record, Samuel Durand oppose un optimisme lucide : partir d’un constat honnête, puis braquer les projecteurs sur ce qui fonctionne. La pratique la plus sous-cotée pour ré-engager ?
La confiance et la transparence. Gratuite, simple, et pourtant rarement appliquée.
Un épisode pour tout RH qui veut arrêter de tirer sur l’ambulance et commencer à agir sur le futur du travail dans sa propre boîte.
Article (pour aller plus loin)
La France plafonne autour de 8 % de salariés engagés selon les reprises du rapport Gallup State of the Global Workplace 2026, l’un des taux les plus bas d’Europe. Face à ce constat, beaucoup de RH gèrent l’urgence : budgets rabotés, équipes en sous-effectif, managers à bout. Samuel Durand, lui, explore le futur du travail depuis 2019 et défend une thèse à contre-courant : on peut s’épanouir dans n’importe quel métier, à condition de s’occuper du bon levier. Dans cet épisode, il partage six ans d’observation de terrain, 300 pionniers rencontrés et une vision optimiste mais jamais naïve.
Qui est Samuel Durand, l’explorateur du futur du travail
Samuel Durand a inventé un métier qui n’existait pas. En 2019, étudiant à Grenoble École de Management, il refuse le stage en costume à La Défense et part six mois autour du monde rencontrer des entreprises qui organisent le travail autrement. Il en revient avec une newsletter, Le Biais du Futur, et un rapport de 250 pages qui deviendra la matrice de son activité.
Depuis, il réalise un documentaire par an. Six à ce jour : Work in Progress, AI at Work, Skills et le dernier, Management: Work it Out, sorti au printemps 2026. Ses tournages l’ont mené chez Michelin, Patagonia, Atelier Tuffery ou Clinitex ; ses projections chez Safran, la SNCF et Hermès.
Il n’est pas RH. Il parle aux RH toute la journée. C’est précisément ce décalage qui fait sa valeur : le temps de prendre du recul, là où un DRH opérationnel court après l’urgence.
Le futur du travail, c’est quoi au juste ?
Le futur du travail désigne l’ensemble des transformations qui redessinent la façon dont on organise, encadre et vit le travail : management, autonomie, reconnaissance, place de l’IA, hybridation. Pour Samuel Durand, ce n’est pas une prédiction technologique mais une observation de pratiques déjà à l’œuvre dans des entreprises pionnières, y compris dans les métiers dits pénibles.
Le futur du travail n’est pas réservé aux métiers « cool »
La conviction centrale de Samuel Durand tient en une phrase : on peut s’éclater dans n’importe quel métier. Pas seulement dans une startup à baby-foot, mais aussi à l’usine, sur un port ou derrière une machine à coudre. Ce qui fait la différence, ce n’est pas la tâche, c’est le management, le leadership, l’environnement et les choix individuels.
Pour le prouver, il a filmé là où on l’attendait le moins : agents de propreté chez Clinitex, couturières chez Atelier Tuffery, opérateurs chez Saint-Gobain, chargements de pneus chez Michelin. À chaque fois, des gens qui expliquent, les yeux dans les yeux, pourquoi ils aiment leur travail. Cette idée qu’on peut réenchanter le travail avec des idées concrètes traverse d’ailleurs plusieurs invités du podcast.
Sa cible : ce qu’il appelle un « populisme du travail », l’idée qu’il y aurait des métiers où l’on peut s’épanouir et d’autres où c’est perdu d’avance. Un mépris de classe déguisé, selon lui. Si personne, dans un métier donné, n’arrive à expliquer pourquoi il aime son job, le problème n’est pas le métier : c’est l’organisation autour.
Ce que le futur du travail change pour le management
Samuel Durand a longtemps repoussé le sujet du management, persuadé que tout avait été dit. Résultat inverse : Management: Work it Out est de loin son documentaire qui marche le mieux — meilleur démarrage, plus de projections, plus de demandes d’intervention. Le signe qu’un nerf a été touché.
Ce qui l’a surpris pendant le tournage : à quel point le management est un métier sans fin d’apprentissage. Contrairement à un métier technique qu’on maîtrise après quelques années, un manager peut « ne plus savoir faire » en changeant simplement d’équipe ou d’environnement. Et surtout, il a mesuré l’impact du management non seulement sur le bien-être, mais sur la performance elle-même.
Le contexte lui donne raison. Le rapport Gallup 2026 pointe un décrochage des managers eux-mêmes : leur taux d’engagement serait passé de 31 % en 2022 à 22 % en 2025. Or Gallup rappelle que les managers expliquent près de 70 % de la variance de l’engagement d’une équipe. Un manager désengagé ne démissionne pas toujours : il reste, se met en retrait, et laisse partir son équipe un par un. D’où l’enjeu, pour les entreprises, de sécuriser leurs recrutements de managers autant que de les former.
Comment embarquer un CODIR sceptique ?
Selon Samuel Durand, un DRH ne doit pas laisser le choix au comité de direction. Une démarche non incarnée par le top management retombe comme un soufflé. La méthode : montrer des chiffres, poser ce que l’inaction coûte, proposer un test cadré. « On teste trois mois, on mesure les effets chiffrés, puis on décide de prolonger ou d’arrêter, en sachant pourquoi. »
L’indicateur de désengagement le plus parlant
Interrogé sur les signaux à surveiller, Samuel Durand cite l’absentéisme et le turnover, mais en ajoute un plus inattendu : le taux de personnes qui ne mettent pas leur caméra en réunion visio. Un indicateur « terrifiant » selon lui, parce qu’il rend visible, en une seconde, le repli d’une équipe qui se cache derrière son écran.
Il en propose un autre, positif cette fois : le nombre d’événements organisés spontanément par les salariés eux-mêmes, sans passer par les RH ou le CE. Une course à pied, un ramassage de déchets, une activité entre collègues. Plus il y en a, plus la culture d’entreprise est vivante.
Son exemple marquant : Patagonia. Là-bas, les salariés partent courir, nager ou faire du vélo le midi, et l’entreprise finance même certaines compétitions. Une logique héritée du fondateur Yvon Chouinard et de son livre Let My People Go Surfing : laisser du temps, reconnaître les gens au-delà de leur fiche de poste, et favoriser des comportements sans les imposer.
La fausse bonne idée que les RH adorent
Au-delà du sempiternel baby-foot, la vraie fausse bonne idée pour Samuel Durand, c’est l’obsession générationnelle. Le fameux « comment manager la génération Z ? » fait vendre des conférences mais, selon lui, n’a rien derrière.
Son argument : une génération est une cohorte trop hétérogène pour justifier une généralité. Le vrai sujet, c’est l’adaptation à des individus différents et une demande d’hyper-individualisation qui traverse tout le monde, pas seulement les jeunes. Les jeunes générations sont peut-être plus vocales et se désengagent plus vite, mais elles ont les mêmes leviers de motivation que les autres.
Futur du travail : par où commencer sans budget
C’est le cœur actionnable de l’épisode. La pratique la plus sous-cotée, presque gratuite et pourtant rarement appliquée ?
Quelle pratique gratuite décuple l’engagement ?
Pour Samuel Durand, la confiance et la transparence sont les leviers d’engagement les plus puissants et les moins coûteux. Cela se joue partout : supprimer la badgeuse, cesser de compter les heures en télétravail, arrêter le contrôle à distance. Simple à dire, rarement appliqué, et pourtant démultiplicateur sur l’engagement comme sur la performance.
Le préalable, insiste-t-il, c’est de clarifier l’objectif : mobiliser les équipes, attirer, ou clarifier les rôles. Aucune recette ne se copie-colle. Le management « façon Montessori » de Clinitex est le fruit de 40 ans d’ajustements : s’en inspirer, oui ; le dupliquer du jour au lendemain, non. Faire vivre cette confiance passe souvent par une communication interne et managériale à la hauteur des intentions affichées. C’est aussi l’un des ressorts pour engager durablement ses équipes sur le long terme.
Optimisme lucide : ni naïveté, ni tir sur l’ambulance
Comment parler optimisme à des RH qui encaissent désengagement, budgets coupés et sous-effectifs, sans passer pour un déconnecté ? La réponse de Samuel Durand : partir d’un constat lucide, parfois alarmant, puis choisir de braquer les projecteurs sur ce qui fonctionne plutôt que de tirer sur l’ambulance.
C’est exactement la structure de son documentaire sur le management : reconnaître que la fonction n’attire plus, que les managers se sentent mal, puis montrer qu’il existe des voies qui marchent. Le même raisonnement vaut pour le télétravail, souvent accusé à tort : comme le rappelle un autre épisode, le télétravail ne rate jamais, c’est le management qui rate. L’optimisme n’est pas de la naïveté ; c’est un choix de focale.
Et après ? Le septième documentaire
Samuel Durand travaille déjà sur son prochain film, consacré à la reconnaissance et à l’engagement. Un sujet directement percuté par l’actualité : la transparence salariale, poussée par la directive européenne que les entreprises françaises doivent anticiper. Sa question de fond : comment faire de la reconnaissance, via l’argent mais aussi hors de l’argent, un véritable levier de performance et d’engagement ?
Pour aller plus loin sur ce point, voir notre dossier sur ce que la transparence salariale change pour les RH.
En parallèle, il lance le WIP Club et le WIP Explorers Club : l’accès à six ans de recherches, des fiches pionniers, une newsletter de veille et une communauté. Sa promesse reste la même : du terrain, zéro bullshit, et surtout aucun mode d’emploi à appliquer sans réfléchir. « Tout ce qu’on raconte, c’est pour nourrir la réflexion, pas pour copier-coller. »
Ce que cet épisode ouvre comme réflexion
L’épisode laisse volontairement des questions ouvertes. Si le management explique près de 70 % de l’engagement d’une équipe, mais que les managers eux-mêmes décrochent, par quel bout attaquer : réarmer la ligne managériale, ou repenser l’organisation pour dépendre moins d’elle ? La confiance et la transparence sont gratuites — mais qu’est-ce qui coûte si cher aux directions au point qu’elles ne franchissent pas le pas ? Et si la reconnaissance devient le prochain grand chantier RH, la transparence salariale sera-t-elle un accélérateur d’engagement ou une source inédite de tensions ? Autant de fils que le septième documentaire, et les prochains épisodes du podcast, auront à tirer.
Conclusion
Samuel Durand ne vend pas de méthode miracle : il montre que le futur du travail se joue moins dans les outils que dans la confiance, la reconnaissance et un management qui prend le sujet au sérieux. Un message précieux à l’heure où recruter et fidéliser les bons profils n’a jamais été aussi tendu, un enjeu que Hellowork, partenaire de cet épisode, accompagne au quotidien auprès des recruteurs. Écoute l’épisode complet, abonne-toi à On n’a jamais fait comme ça, et si tu veux creuser ta propre stratégie, contacte l’équipe.
FAQ du Futur au travail
Le futur du travail regroupe les transformations qui changent la manière d’organiser, d’encadrer et de vivre le travail : management, autonomie, reconnaissance, hybridation, place de l’IA. Selon Samuel Durand, il ne s’agit pas de prédictions technologiques mais de pratiques déjà observables dans des entreprises pionnières.
Oui, défend Samuel Durand. Ce qui détermine l’épanouissement n’est pas la nature de la tâche mais le management, l’environnement et la reconnaissance. Ses documentaires filment des métiers dits pénibles (propreté, couture, usine) où des salariés expliquent précisément pourquoi ils aiment leur travail.
Au-delà de l’absentéisme et du turnover, Samuel Durand cite le nombre de personnes qui coupent leur caméra en réunion visio. Un indicateur simple et parlant : quand chacun se cache derrière un écran noir, c’est le signe d’un repli collectif. À l’inverse, les événements organisés spontanément par les salariés signalent une culture vivante.
La confiance et la transparence, répond Samuel Durand : supprimer la badgeuse, cesser de compter les heures en télétravail, arrêter le contrôle à distance. Ces pratiques coûtent peu, sont rarement appliquées, et ont un effet démultiplicateur sur l’engagement comme sur la performance.
Parce qu’une génération est une cohorte trop hétérogène pour justifier des généralités, explique Samuel Durand. Le vrai enjeu est l’adaptation à des individus et une demande d’hyper-individualisation qui concerne tout le monde. Les jeunes ne changent pas les leviers de motivation ; ils les rendent plus visibles.
Samuel Durand indique un budget d’environ 200 000 euros pour ses derniers films, contre 70 000 à 80 000 pour le premier, et un an entre l’idée et la sortie, bien plus rapide que les deux à trois ans habituels du secteur. Aucun partenaire financier n’apparaît à l’écran pour préserver l’indépendance éditoriale.
En savoir plus
- Gallup — State of the Global Workplace 2026 : le baromètre mondial de référence sur l’engagement des salariés, avec les tendances par pays et le rôle central des managers.
- Work in Progress (WIP Documentary) : le site de Samuel Durand pour visionner les documentaires et découvrir le WIP Club.
- Anact — Semaine pour la QVCT 2026 « Manager, c’est tout un travail ! » : ressources publiques sur la QVCT et le rôle du management dans les conditions de travail.
- Directive (UE) 2023/970 sur la transparence salariale : le texte officiel qui va rebattre les cartes de la reconnaissance et de la rémunération.
- « Let My People Go Surfing », Yvon Chouinard (Patagonia) : le manifeste du fondateur de Patagonia sur l’autonomie et la confiance, cité par Samuel Durand.
Ce podcast est soutenu par Hellowork, le 1er acteur digital français du recrutement.
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